Questions/Réponses avec Chloé Lejeune

Qu’est ce qui vous met en appétit, artistiquement parlant ?
Des histoires d’hommes et de femmes. Des tranches de vies livrées avec honnêteté et souci de vérité. L’apparente simplicité d’un témoignage vrai et généreux.

Quelles sont vos racines réelles ou imaginaires ?
L’ivresse du mouvement comme le chemin qui aide à comprendre toute chose. La corde à sauter, la balançoire, la course, la marelle, les châteaux de sable … des expériences motrices et relationnelles fondatrices et poétiques.

Votre première scène marquante ?
Starmania l’opéra rock. J’étais en CM2. C’est mon frère qui m’y a emmenée. Norman Groulx était le terrien en détresse de la Ville souterraine. Cette oeuvre visionnaire de Michel Berger – encore tellement actuelle – a accompagné mes premiers questionnements sociaux, philosophiques voir politiques. En écoutant ces textes, j’avais l’impression de ne rien apprendre réellement sur ce Monde mais qu’un très grand parolier avait trouvé les mots et le ton justes pour en parler. Une sensation très rassurante !

Vos héros d’enfance le sont-ils toujours ?
Mary Poppins et Benji la malice ? Oui bien sûr ! Cette nurse anglaise porte en elle un bon sens poétique à toutes épreuves qui éduque et fait grandir l’imaginaire de toutes les générations.  Et ce chien héros qui ne paie pas de mine mais sauve des vies … j’adore !
En revanche, la Barbie avec laquelle j’ai tant joué étant petite me semble largement médiocre aujourd’hui. Une femme modèle d’un pseudo idéal, parfaite et discrète s’éloigne bien trop de ce que j’espère pour les générations de femmes présentes et à venir.

Quel paysage vous a frappé ?
Surtout un que je vois en rêve. Il est souvent désert mais verdoyant, apaisé et en dehors du temps. C’est un jardin secret infiniment bon.

Que serait le mouvement absolu ?
Celui qui passe au delà de sa forme, celui qui relie le danseur à son environnement et à l’univers ne serait-ce qu’une fraction de seconde.
Si ce n’est pas celui la, alors c’est celui de l’orgasme.

La partie du corps qui vous inspire le plus et danse en première chez vous ?
Les bras et même les mains. Les paumes de mains sont comme des diaphragmes, des paraboles qui permettent d’être intimement présents à l’Espace.

Quel est votre tendon d’Achille selon vous ?
Je communique parfois mieux avec mes gestes qu’avec mes mots et le métier nécessite un bagou que je n’ai peut être pas. 

Quelle est votre obsession première dans le travail ?
Partager avec les publics.

Un son qui vous inspire ?
La musique de Jean Sébastien Bach me porte d’une façon un peu magique qui exclue la réflexion et me plonge dans le sensoriel. C’est infiniment inspirant.  

Une lumière ?
Celle de la fin de journée en automne qui traverse la fenêtre de cuisine de ma grand-mère.

Un élément de la nature ?
Le sable dans tous ses états.

Le tabou ultime dans un spectacle ?
Trop de technique (lumière, son, vidéo) et pas assez de corps.

Quelle place tient l’intime dans votre travail ?
C’est une source intarissable à transformer pour la rendre lisible et partageable avec le plus grand nombre.

Quel sens donnez vous à votre travail ?
La Danse vue ou pratiquée représente pour moi un Art protecteur et fédérateur qui apprend à vivre plus en conscience et à rêver plus intensément.
Mon activité de chorégraphe, me permet par la Transmission et la Création de lutter très concrètement contre les troubles du Langage et la violence à l’Ecole, de démocratiser le toucher qui porte et qui rassure, d’offrir au Corps une place valorisée dans cette société qui tend à ne plus respecter les rythmes naturels de l’Homme.
La mission de chorégraphe est d’utilité publique. Elle propose de donner à voir au spectateur ce qu’il ne voit que trop rarement en dehors des salles de Spectacle Vivant : la lenteur, l’écoute entière, la chair, le mouvement … juste pour ce qu’il représente de notre vie à tous.