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N°9 / QUAND LA DANSE CONTEMPORAINE PREND PART AU DEBAT ECOLOGIQUE

Le défi de l’Humanité au XXIème siècle ? Survivre à l’effondrement terrestre qu’elle a provoquée et l’enchaînement des impacts qui en découlent (ressources primaires non garanties, migrations des populations pour des raisons climatiques, crise économique, etc.). Il aura fallu attendre la multiplication des évènements climatiques et l’expression des préoccupations de la jeune génération actuelle pour leur avenir pour que la prise de conscience, longtemps repoussée par des enjeux court-termistes, s’impose et que nous ne puissions plus nous défiler. Les arts, en tant que vecteur de transmission, ne sont pas en reste, pour porter ce défi mondial. Dans ce numéro, j’ai donc décidé d’évoquer les apports de la danse contemporaine, que ce soit pour magnifier la nature ou pour alerter sur sa destruction et ses conséquences.

Par Christel M.

La nature, en tant que telle, a toujours été présente dans la création chorégraphique contemporaine, depuis son émergence. Danser ou faire danser dans des champs, au bord de la mer, dans la forêt, s’inspirer du comportement animal, est somme toute « naturel », pour le danseur. Cet aspect « naturel » est autant pris en compte en tant qu’environnement que dans le mouvement lui-même. D’ I. Duncan à A. Khan en passant par P. Bausch ou A. Halprin, la nature est synonyme d’espace infini de ressources créatives. En ce sens, la danse contemporaine a été avant-gardiste puisque les questions écologiques l’ont toujours habitée, sans pour autant appartenir à un mouvement écologiste ou se revendiquer de « l’art écologique ». La nature joue un rôle central de la nature dans l’avenir de l’humanité. Par exemple, les dérèglements climatiques majeurs destructeurs et meurtriers auxquels nous assistons génèrent une nouvelle catégorie de réfugiés, dits « climatiques », et peuvent entrainer un renforcement des tensions sociales et économiques dans certaines régions. La danse contemporaine, en tant que vecteur de transmission, peut contribuer à la compréhension des enjeux de l’action humaine en offrant des interprétations de notre présent et de nos perspectives d’avenir.

Ainsi, en 2008, une compagnie de danse américaine, Capacitor, crée la pièce BIOME (76) biome – YouTube, née de la collaboration entre cette dernière et des biologistes et écologistes spécialistes de la canopée de la forêt costaricaine et de sa vie sauvage. Dans sa pièce « Ce qui m’est dû » (2014), la Débordante Compagnie expose sa prise de conscience de la crise écologique, économique et humaine, à partir d’un texte écrit par la chorégraphe (76) La Débordante Compagnie – Ce qui m’est dû (2014) – YouTube. Blanca Li, en 2018, propose une interprétation des 4 éléments (eau, terre, feu, air) et de l’urgence climatique dans « Solstices » (76) Solstice – Blanca Li – YouTube. Dans la création « Paysage » (2021), la Compagnie Art for Gaia initie une réflexion sur le sens de l’existence humaine face à la nature Paysage – Immersive ballet music by Nicolas Melmann TRAILER – YouTube.

Les chorégraphes danseurs deviennent ainsi des « éco-artistes » en s’inspirant des recherches scientifiques dans le domaine environnemental pour revisiter la relation entre l’être humain et la nature et chercher un nouvel équilibre au vivre-ensemble (cf. Section A Lire). Ils contribuent, à leur façon, à alerter face à l’urgence des changements radicaux à mener pour au moins essayer de ralentir les effets dont nous sommes responsables. 

Pour finir, je vous laisse découvrir cette vidéo de promotion de la danse contemporaine au Québec par le Conseil de la Culture datant de 2016  Danse contemporaine à Québec – Le chorégraphe – Bing video, qui évoque la place et le rôle du chorégraphe et entre en résonnance avec le thème de ce mois. 

Ressources : 

Joanne Clavel, « Penser l’écologie depuis la danse contemporaine », Art, Archéologie, Transition – Journal de l’ADC n°77, 8 avril 2020, Penser l’écologie depuis la danse contemporaine by Grand Théâtre de Genève – issuu 

Joanne Clavel & Isabelle Ginot, « Ecologie politique et pratique du sentir : trois exemples chorégraphiques », Paris 8-Danse, Paru dans Ecozona, v. 6, n. 2, p. 85-100, 2015, document (archives-ouvertes.fr)

Stereolux, « Ecologie, effondrement et création – quand l’avenir de la planète inspire les artistes », Labo Arts & Techs, publié le 15/07/2020, Écologie, effondrement et création – Quand l’avenir de la planète inspire les artistes | Stereolux

PORTRAIT : BLANCA LI

Blanca Li est née en Espagne, en 1964. Elle a de nombreuses casquettes ce qui peut parfois la rendre inclassable : danseuse, chorégraphe, metteure en scène, actrice, réalisatrice. En danse, elle aborde de multiples styles : flamenco, hip-hop, classique, baroque… Artiste prolifique, elle crée près d’une trentaine de chorégraphies en 25 ans. Pendant cette même période, elle crée en parallèle 7 œuvres audiovisuelles. Blanca Li est également artiste plasticienne.  

Après avoir fait partie, pendant son enfance, de l’équipe nationale espagnole de gymnastique rythmique, elle part à New York à 17 ans, pour étudier pendant 5 ans à l’école de Martha Graham, tout en fréquentant les écoles d’Alvin Ailey, Paul Sanasardo et le Clark Center. De retour en Espagne, elle crée à Madrid sa première compagnie. 

Elle s’établit en France en 1992. Elle va créer des pièces notamment pour le Festival d’Avignon (« Nana et Lila » en 1993), la Biennale de Lyon (« Le songe du Minotaure » en 1998, « Alarme » en 2004), le Théâtre de Chaillot (« Solstices » en 2017), le festival Suresnes Cités Danse (« Macadam, Macadam » en 1999, « Elektrik » en 2018) et se produire partout en France. Elle va également répondre à des commandes de l’Opéra de Nancy (mise en scène des opéras « La Vie brève » en 1997 et « L’amour sorcier » en 1999), de l’Opéra de Paris (« Les Indes galantes » en 1999 ; « Shéhérazade » en 2001), de l’Opéra Bastille (chorégraphie de « Guillaume Tell » en 2003). Elle présente sa création « Al Andalus » (2002) à l’Alhambra de Grenade et signe, en 2004, la chorégraphie de « Don Giovanni » au Metropolitan opera de New York. En 2018, elle crée « Don Quijote del Plata », pour la Ballet national Sodre d’Uruguay. 

Elle fait un passage d’une saison (2001/02) au Komische Oper, en tant que directrice et chorégraphe du Ballet de Berlin.  Elle y recrée « Le Songe du minotaure » pour 24 danseurs et crée « Borderline », avec les artistes plasticiens Jorge et Lucy Orta. Elle est nommée directrice du Centre andalou de danse à Séville (CAD) en septembre 2006. 

Blanca Li multiplient les récompenses et honneurs : chevalier de l’ordre national du Mérite, officier de l’ordre des Arts et des Lettres et Globe de Cristal en France, Prix Manuel de Falla, prix de la meilleure chorégraphie pour le « Poète à New York » (2007) aux Premios Max, Medalla de Oro al Mérito en las Bellas Artes par le roi d’Espagne.

En avril 2019, aux côtés de Thierry Malandain et d’Angelin Preljocaj, elle devient l’un des membres de la section « chorégraphie » nouvellement créée au sein de l’Académie des Beaux-arts. En octobre 2019, elle est nommée directrice artistique des Teatros del Canal (en) à Madrid.

A LIRE : DANSE ET ECOLOGIE de Joanne Clavel

Joanne Clavel est docteure en écologie, chargée de recherche CNRS au sein du laboratoire LADYSS de l’université Paris 8 Nanterre et associée au Groupe de recherche « Histoire des idées et épistémologie des pratiques somatiques ». Ses travaux l’engage notamment dans le terrain des arts chorégraphiques en repensant les relations entre corporéité, spatialité, présence et milieux. Dans cet ouvrage, elle pose un éclairage sur le mouvement d’art contemporain dit écologique et plus précisément sur la danse contemporaine au sein de ce mouvement. L’absence de langage verbal permet de mieux cerner la spécificité propre de la démarche artistique lorsqu’elle entend faire œuvre de transmission scientifique et éthique. Pour illustrer ses propos, elle interroge une création Art-Science, la pièce Biome (2008) élaborée par la compagnie Capacitor en collaboration avec une écologue, la Dr Nadkarni. Elle confronte l’œuvre aux intentions des acteurs en analysant l’esthétique de Biome et le processus de co-création, ses enjeux, ses moyens, tant d’un point de vue sémiotique que social. L’analyse, réalisée à partir d’un travail d’enquête, permet également d’éclaircir l’engagement des acteurs envers l’écologie.
Editions : Editions universitaires européennes