A lire

QUAND LA DANSE CONTEMPORAINE DÉFIE LA PANDÉMIE ET SES CONTRAINTES

Depuis un an, la Covid 19 a stoppé la création artistique
telle que nous la connaissions mais elle n’a pas arrêté l’envie de danser et, en ce sens, je rejoins B. Charmatz lorsqu’il dit que « ce n’est pas parce qu’on ne peut plus le faire
qu’on en rêve pas, au contraire, on en rêve encore plus.
On continue d’avoir envie de danser, d’autant plus qu’on
en est privé ». Dans ce numéro, au travers d’exemples, je
souhaite mettre en lumière des initiatives qui démontrent
la capacité d’adaptation de la danse contemporaine face à
la situation sanitaire que nous vivons.
Christel M.

Dès le premier confinement, le monde de la danse contemporaine s’est mobilisé pour poursuivre la transmission sous quelque forme que ce soit. Ainsi, B. Millepied a créé la plateforme digitale LADP accessible à tous les publics. A.T. De Keersmaeker, en collaboration avec l’incubateur Fabuleus, a invité à ré interpréter la « Scène des chaises » de sa création Rosas danst Rosas (1983) et à télécharger sa vidéo sur son site internet. En France, M. Kerkouche a réalisé une série de clips intitulés « Confinected » avec quelques danseurs de sa compagnie EMKA, la contrainte étant le partage d’écran entre eux. Le Ballet Malandain de Biarritz a proposé un concours chorégraphique « Depuis chez vous » autour de l’idée d’une chorégraphie d’1 minute. Cinq d’entre elles ont été retenues et diffusées sur son site. N. Vadori Gauthier a, quant à elle, poursuivi son projet « 1 minute de danse par jour »,démarré comme un acte de résistance après les attentats de janvier 2015, et qui continue à résonner dans ce contexte pandémique. A la suite du second confinement, les chorégraphes ont davantage créé en intégrant les contraintes physiques et les émotions générées par la pandémie. A. Dupont, directrice de la danse à l’Opéra de Paris, a imaginé le programme Créer aujourd’hui qui propose quatre créations dont trois inédites, intégrant notamment le port du masque (Sidi Larbi Cherkaoui – Exposure, Tess Voelker – Clouds, Mehdi Kerkouche – Et si, Damien Jalet – Brise-lame). B. Charmatz a adapté sa création initialement participative (plusieurs centaines

de personnes) sous la nef du Grand Palais pour la mener à son terme (La Ronde, avec des duos). Je ferai également un clin d’œil, dans cet article, à C. Lejeune et sa création Remède 49, disponible sur le site de la Compagnie Les Echevelées. Finalement, les frontières tombent, les professionnels et amateurs se rejoignant, dans leur créativité. La preuve en est, le grand succès de l’adaptation dansée du jeu du Cadavre Exquis, inventé par les Surréalistes : le dernier geste d’un(e) danseur(se) est le point de départ de la composition du(de la) danseur(se) suivant(e). L’Atlantique Ballet Contemporain de La Rochelle en propose une version, A. Preljocaj également. Les conservatoires, comme les écoles ou les associations, y ont recours avec leurs élèves amateur(e) s ou en voie de professionnalisation.L’engouement est sans aucun doute lié à la part accordée à la création personnelle (composition ou improvisation). Si la pandémie nous contraint au confinement, limite nos déplacements et nos interactions sociales, elle ne peut en aucun cas freiner notre imagination, que nous soyons amateur(e)s ou professionnel(le)s (comme par exemple Artistik Studio). Les cours de danse, la transmission de chorégraphies, l’adaptation des créations aux contraintes (avec les masques, en extérieur/au domicile, etc.), l’utilisation de tous les supports possibles montrent que la danse, et la danse contemporaine en particulier, est et sera toujours protéiforme. En ces temps de pandémie, où nous subissons notre environnement, elle devient encore plus un refuge d’expression, d’échange, de liberté, d’oxygène, de vie. 

Ressources :
• Aude Lavigne, « Entrez dans la danse chez vous à l’invitation
d’Anne Teresa de Keersmaeker », 23 mars 2020
• Olivia Gesbert, La Grande Table Culture, « Sidi Larbi Cherkaoui, créer, danser, malgré tout », 27 janvier 2021
• Rosita Boisseau, « Créer aujourd’hui », sur France 5 : à l’Opéra de Paris, une création chorégraphique bien vivante, Le Monde, 29 janvier 2021
• Marie Richeux, Par les temps qui courent, « Boris Charmatz :
« La danse est le medium qui permet de réfléchir à comment vivre ensemble » », 7 janvier 2021

 

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PORTRAIT
 ANNE TERESA DE KEERSMAEKER

 Anne Teresa De Keersmaeker, née le 11 juin 1960, est une danseuse et chorégraphe flamande. De 1978 à 1980, elle se forme à l’école Mudra de Bruxelles, fondée par Maurice Béjart. Elle étudie ensuite deux ans à la Tisch School of the Arts de New York où elle découvre la danse postmoderne américaine. En 1980, elle crée Asch, sa première chorégraphie. Deux ans plus tard, elle présente Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich. En 1983, elle chorégraphie Rosas danst Rosas et établit à Bruxelles sa compagnie Rosas, fondée avec les danseuses Michèle Anne De Mey, Fumiyo Ikeda et Adriana Boriello. Entre 1992 à 2007, Rosas est accueillie en résidence au théâtre de La Monnaie/De Munt à Bruxelles. En 1995, la chorégraphe fonde l’école P.A.R.T.S. (Performing Arts  Research and Training Studios) en association avec La Monnaie/De Munt, afin de théoriser et transmettre son langage chorégraphique. La découverte de la musique de phase, dite musique minimaliste, de Steve Reich, est décisive dans l’orientation des compositions chorégraphiques d’A.T. De Keersmaeker. Elle explore les relations entre danse et musique via des créations qui s’affrontent aux structures musicales et aux partitions de toutes les époques, de la musique ancienne à la musique contemporaine en passant par les expressions populaires. 

 

Sa danse se développe sur des bases de géométries scéniques, de modèles mathématiques, d’études du monde naturel et des structures sociales (cercles, spirales, diagonales) en adéquation permanente avec la musique. Celle ci est très souvent jouée en direct lors des représentations notamment par l’Ensemble Ictus avec lequel sa compagnie collabore étroitement. Elle explore également l’expressionnisme (Verklärte Nacht (écrit pour quatorze danseurs en 1995, adapté pour trois danseurs en 2014)), le théâtre et le spectacle transdisciplinaire (I said I (1999), In real time (2000), Kassandra – speaking in twelve voices (2004), et D’un soir un jour (2006)), l’improvisation (Bitches Brew / Tacoma Narrows (2003)). Son répertoire comporte plus de 60 œuvres. En 2015, Anne Teresa De Keersmaeker poursuit sa recherche du lien entre texte et mouvement dans Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke, une création basée sur le texte éponyme de Rainer Maria Rilke. En 2017, l’Opéra de Paris invite la chorégraphe à mettre en scène Così fan tutte de Mozart. Ses dernières créations sont en lien pour l’une, avec les six Concertos brandebourgeois de Bach (2018) et pour l’autre, avec la comédie musicale West Side Story à Broadway (2020).

A LIRE
CARNETS D’UNE CHORÉGRAPHE
FASE, ROSAS DANST ROSAS, ELENA’S ARIA, BARTOK
ANNE TERESA DE KEERSMAEKER & BOJANA CVEJIC

Anne Teresa De Keersmaeker s’entretient avec la théoricienne du spectacle et musicologue Bojana Cvejic, afin de détailler les principes chorégraphiques de ses quatre premières œuvres (1981- 1987).
La chorégraphe évoque les motivations et les événements qui ont orienté le choix des mouvements, de la musique, de l’éclairage et de l’architecture spatiale dans ces quatre créations. 

D’où naissent les premiers mouvements, les premiers gestes d’une chorégraphie ? Comment des structures complexes se dessinent-elles, pour permettre l’invention joyeuse de principes de composition et de styles performatifs inédits ? Chacune des quatre partitions associe un compte rendu détaillé de la chorégraphie, illustré de nombreux dessins, schémas, photographies et documents sur le spectacle, etc