Histoire de la Danse Classique/4

Chapitre 4 : Du Ballet Romantique au Ballet Académique.

Entre le XVIII e et XIX e siècle triomphe le style romantique avec les célèbres ballets “La Sylphide” de Philippe Taglioni et “Giselle” de Jules Perrot et Jean Coralli. Ce style artistique est issu des goûts de l’époque pour les brumes écossaises célébrées par les Romans de Walter Scott, ou du fantastique germanique de Goethe ou encore de la publication des Contes de Charles Nodier et ceux de Hoffman. 

C’est aussi le temps des progrès en machinerie et en décors qui permettent des effets suggestifs : les appareils d’éclairage au gaz, les décors et les costumes sont désormais réalisés par les artisans spécialisés.
Le Romantisme est l’expression d’une interrogation masculine sur la femme, être mystérieux, en affinité avec l’au-delà, porteur d’idéal, qui se dérobe quand la promesse du bonheur se fait tangible.

Attention, la vidéo ci dessus est actuelle et ne reflète pas les techniques corporelles de l’époque romantique.Elle vous permet en revanche d’appréhender “l’esprit romantique”.

Pour l’homme danseur, c’est l’avènement d’une technique virtuose. La danseuse, elle, danse corsetée et en tutu long. Ses bras sont toujours croisés ou pliés et ses mains protègent un centre émotionnel (le plexus) comme à fleur de peau. Mais ce qui caractérise le plus la pratique de cette époque c’est le placement du dos toujours un peu incliné vers l’avant traduisant une sorte d’affection. Ce travail dans la mi-hauteur s’avère très complexe ; il ne permet pas encore de projection dans l’Espace. Regardez les images ci -dessous. Elles montrent cet état de corps très particulier.

Que ce soit dans les bras ou les jambes, l’amplitude maximale n’est pas demandée. Les demi-pliés se décrivent avec plusieurs hauteurs contrairement à aujourd’hui où l’on va chercher à descendre le centre le plus bas possible, sans décoller les talons. On observe également que les couronnes sont comme “rétrécies”, avec des coudes assez pliés. 

Entre le XIXe et le XXe siècle va se développer notre Ballet Académique avec notamment Marius Petipa en France (photos à différents âges ci dessous). Mais il faut savoir que les moyens viennent notamment de la Russie grâce au Tsar qui finance énormément de  chorégraphes, de danseurs et de chanteurs. Ces artistes sont désormais rémunérés et non plus “entretenus” comme à l’époque romantique de notre petite danseuse de Degas. 

Bon danseur, il est aussi très bon chorégraphe et signe une soixantaine de ballets, dont plusieurs font date dans l’histoire de la danse. Il crée des ballets qui vont entrer dans le répertoire classique des grandes institutions : La Belle au bois dormant (1890)Casse-noisette (1892) ou Le Lac des cygnes (1895) avec TchaïkovskiLe Corsaire (1858) et Faust (1867) avec Cesare Pugni, et surtout Don Quichotte (1869) et La Bayadère (1877) avec Léon Minkus. On doit à Rudolf Noureev, lors de son passage à l’Ouest, de faire découvrir au public occidental ces grands ballets jusqu’alors dansés en Russie : La BayadèreRaymondaDon Quichotte.

La technique Classique prend alors un tournant. Sur les photos ci-dessus, on voit les ballerines se “redresser” dans leur axe naturel et sur leurs pointes. Sans la contrainte du corset, le dos est libre de faire son travail profond d’équilibration et l’amplitude des mouvements peut alors s’exprimer. La danseuse se transforme. Passant d’un astre lunaire insaisissable, elle peut désormais exprimer sa grandeur et rayonner comme un Soleil qui projette son énergie loin, jusque dans la salle.  

L’amplitude articulaire est désormais un critère de sélection important à l’Opéra National. Une “dictature du corps parfait pour danser” naît alors.

Entre le romantisme, proche de soi, d’un univers intérieur riche en représentations graphiques et littéraires et, le siècle de performance et de virtuosité qui lui a succédé, chaque danseur interprète a dû trouver son équilibre et construire sa propre Danse. Voici pour terminer, ce portrait d’une étoile de mon enfance : Sylvie Guillem. Je trouve que l’on peut lire dans son regard une recherche identitaire profonde. Je vous laisse découvrir.